LOPPSI
Ou comment on devient des présumés coupables: l’explication de Nicolas Vanbremeersch sur LOPPSI. Et la page wikipédia de LOPPSI.
Ou comment on devient des présumés coupables: l’explication de Nicolas Vanbremeersch sur LOPPSI. Et la page wikipédia de LOPPSI.
Ce soir, j’ai désactivé mon compte FB. Pour plusieurs raisons:
Je vous rassure, je ne retourne pas habiter dans une caverne, et je garde mon twitter. Et puis FB, c’est dépassé. Maintenant, on tumblr.
edit: dans la foulée et pour ne pas faire de jaloux, je viens également de fermer mon compte linkedin.
Alors ça y est. J’intègre doucement mais sûrement la folle information que celle qui dit que je ne suis plus doctorant mais bien docteur. Je me suis réveillé quelques fois en sursaut, les jours suivant ma soutenance, en pensant que j’étais au jour J.
Mais cela est derrière moi, cela fait partie du passé. Quand j’étais jeune. Maintenant, c’est vraiment du vrai sérieux, du vrai de vrai, avec des factures à payer, de l’argent à voler trouver et un choix de prisoncarrière à faire.
Déménagement fini. Caution in ze pocket. En route vers la prochaine étape.
Les placards se vident, les murs se lissent, je déménage. Le frigo résonne du bruit du néant, ma corbeille à linge n’a plus rien à se mettre sous la dent, je déménage. Je mange tous les soirs dans un quelconque fast-food (“harrisa-mayo svp”), la seule boisson qu’il me reste est un simple single malt des Highland, je déménage. Au final, jamais mon si maniaque bordel n’aura été si bien rangé, au final, jamais je n’aurais pensé que cet appartement était aussi grand, au final, je déménage.
On s’imagine, jeune, parcourir le monde, aller à gauche, puis à droite. Et revenir à gauche. Et se souvenir de la droite, etc etc… Pourtant, on ne prend pas souvent conscience que cette vie à moitié casanière d’étudiant polynésien en métropole relève pas mal d’une vie de globe-trotter, avec au moins 36 000 km parcourus chaque année. 36 000. Des satellites orbitent autour de la Terre à une telle altitude.
Mine de rien, les souvenirs, et le bordel, s’amoncellent. On pense avoir une simple vie, on se retrouve avec des albums photos de plusieurs kilos, des répertoires avec 15 Kévin et 32 Sophie, une garde-robe tel qu’on ne comprend plus pourquoi on n’avait rien à se mettre.
Il paraît que 300 mots suffisent à comprendre n’importe quelle langue. Bon, il semblerait que ce soit un peu plus. La langue française étant sans doute la plus complexe au monde (avis personnel au vu de l’adoption massive du langage dit SMS), si apprendre 300 mots suffisent à comprendre le français, ça doit être pareil dans n’importe quelle autre langue. Bref, tout ça pour dire qu’il paraît que 300 mots suffisent à comprendre une langue. Mais est-ce qu’une vie d’étudiant pourrait se résumer en 300 mots ?
Bien sûr, biture et luxure viendraient en premiers. Puis d’innombrables adjectifs que l’on cacherait sans succès à nos parents (ils sont passés par là, ne l’oublions pas). Mais ensuite ? Voyage ? Découverte ? Amour ? Passion ? Trahison ? Et puis quoi ? 10 sentiments, 20 émotions, 30 rencontres, emballé, c’est pesé.
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Il y a toujours, dans mes solitaires vidages de scotch, un pouillème d’instant de lucidité sans pareille, qui renverse le monde tel que je le conçois, et qui me fait le voir tel qu’il est. Pour ma santé mentale, ce n’est qu’un pouillème. Parfois, lorsque Dyonisos m’a à la bonne, ou au contraire, qu’il veut se jouer de mon malheur, il m’offre quelques secondes de cet état. Salaud va !
Mais se laisser bercer au son du flot de ces vagues de malt m’offre un salutaire réconfort, celui de voir l’envers du décor. Tel le décor que je décroche lentement et méthodiquement de ce bout d’immeuble que j’ai occupé pendant 3 ans. J’aurais été, pendant 6 ans, un montpelliérain ingrat. Je n’ai pas fait une seule fois le festival de guitare. Je ne suis pas allé une seule fois à l’opéra, alors que certaines œuvres me faisaient du pied. Disgrâce de l’étudiant: je n’ai vomi dans aucun bar. Pardon Montpellier.
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Putain, 6 ans.
Le temps où raconter des bêtises alcoolisées semble s’éloigner. Le temps de l’insouciance, qui n’aura duré que quelques jours finalement (j’ai fini mes études depuis moins de deux semaines) semble n’avoir été qu’un doux rêve.
Soyons honnête, je commençais déjà à en avoir marre
Les pantagruéliques mets de Noël se battent pour trouver une place sur la table. En ces temps d’inique globalisation, sachant profiter ce qui ne serait durer. Jeunes, n’oubliez pas le doliprane avant d’aller dodo. Vieux, ce sera un cachet de citrate de bétaïne.
Beaucoup de choses changent, se bouleversent. Les piliers des certitudes sont ébranlés par les flots de l’inconnu et on se jète en avant car tout nous pousse par derrière. L’allure n’est pas vive, elle est juste constante. Nul n’a le droit de s’arrêter pour souffler car le train n’attend personne.
Dans ce tumulte sans bruit, sans heurts, où la constante mobilité prend l’apparence d’une prompte immobilité, beaucoup de choses changent. Sans que rien ne se passe. Une goutte tombe, une journée passe. Une goutte tombe, une nuit se finit. Une goutte tombe, beaucoup de choses changent.
En 6 ans, il s’en sera passé, des choses, il s’en sera changé, des choses. Des petites. Des grandes. Des qu’on ne voit qu’une fois dans sa vie. Des qu’on voit tous les jours de sa vie. Il est 19:00, et ma vie change. Que je le veuille ou non. Vouloir l’attraper revient à vouloir mettre l’air en bouteille. Quelque soit la taille de la bouteille, il y en aura toujours plus dehors que dedans. C’est ce qui fait rire, c’est ce qui fait vivre. C’est ce qui fait peur.
J’ai vu, j’ai connu, j’ai bu. Tu es venu, tu m’as cru, tu m’as vaincu. Elle est arrivée, elle m’a regardé, elle m’a sauvé. Il est toujours trop tôt pour comprendre le poids des croisements de nos vies. Nous sommes toujours trop petits pour distinguer ce bel entrelacement d’âmes qui forme au final le tissu supportant nos mémoires.
Les choses arrêteront un jour de changer. Cela s’appelle la mort. Certains pleureront. D’autres riront. Toi, qu’est-ce que tu feras ? Je respire, tu respires, il respire. Et beaucoup de choses changent.