Ça déménage
by le maître des lieux
Les placards se vident, les murs se lissent, je déménage. Le frigo résonne du bruit du néant, ma corbeille à linge n’a plus rien à se mettre sous la dent, je déménage. Je mange tous les soirs dans un quelconque fast-food (“harrisa-mayo svp”), la seule boisson qu’il me reste est un simple single malt des Highland, je déménage. Au final, jamais mon si maniaque bordel n’aura été si bien rangé, au final, jamais je n’aurais pensé que cet appartement était aussi grand, au final, je déménage.
On s’imagine, jeune, parcourir le monde, aller à gauche, puis à droite. Et revenir à gauche. Et se souvenir de la droite, etc etc… Pourtant, on ne prend pas souvent conscience que cette vie à moitié casanière d’étudiant polynésien en métropole relève pas mal d’une vie de globe-trotter, avec au moins 36 000 km parcourus chaque année. 36 000. Des satellites orbitent autour de la Terre à une telle altitude.
Mine de rien, les souvenirs, et le bordel, s’amoncellent. On pense avoir une simple vie, on se retrouve avec des albums photos de plusieurs kilos, des répertoires avec 15 Kévin et 32 Sophie, une garde-robe tel qu’on ne comprend plus pourquoi on n’avait rien à se mettre.
Il paraît que 300 mots suffisent à comprendre n’importe quelle langue. Bon, il semblerait que ce soit un peu plus. La langue française étant sans doute la plus complexe au monde (avis personnel au vu de l’adoption massive du langage dit SMS), si apprendre 300 mots suffisent à comprendre le français, ça doit être pareil dans n’importe quelle autre langue. Bref, tout ça pour dire qu’il paraît que 300 mots suffisent à comprendre une langue. Mais est-ce qu’une vie d’étudiant pourrait se résumer en 300 mots ?
Bien sûr, biture et luxure viendraient en premiers. Puis d’innombrables adjectifs que l’on cacherait sans succès à nos parents (ils sont passés par là, ne l’oublions pas). Mais ensuite ? Voyage ? Découverte ? Amour ? Passion ? Trahison ? Et puis quoi ? 10 sentiments, 20 émotions, 30 rencontres, emballé, c’est pesé.
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Il y a toujours, dans mes solitaires vidages de scotch, un pouillème d’instant de lucidité sans pareille, qui renverse le monde tel que je le conçois, et qui me fait le voir tel qu’il est. Pour ma santé mentale, ce n’est qu’un pouillème. Parfois, lorsque Dyonisos m’a à la bonne, ou au contraire, qu’il veut se jouer de mon malheur, il m’offre quelques secondes de cet état. Salaud va !
Mais se laisser bercer au son du flot de ces vagues de malt m’offre un salutaire réconfort, celui de voir l’envers du décor. Tel le décor que je décroche lentement et méthodiquement de ce bout d’immeuble que j’ai occupé pendant 3 ans. J’aurais été, pendant 6 ans, un montpelliérain ingrat. Je n’ai pas fait une seule fois le festival de guitare. Je ne suis pas allé une seule fois à l’opéra, alors que certaines œuvres me faisaient du pied. Disgrâce de l’étudiant: je n’ai vomi dans aucun bar. Pardon Montpellier.
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Putain, 6 ans.
Comments
Et tu vas où maintenant? Tu rentres au fenua?
“pas tout de suite” ou “pas définitivement” ou “ça dépend”
On sait deja ou il va, c’est écrit sur sa homepage =)
Peter Meuel
47 Rue Rémy Dumoncel
75014 Paris
France
Je lis ta prose mais mon esprit s’égare comme dans une musique . Tiens moi au courant d’où tu vas .
Ah oui les déménagements, des grands moments de la vie plein de nostalgie.
Beau récit, chaque étape de la vie, ou de la journée, mérite un éloge tel que celui-ci. Es-tu un peu Baudelaire à tes heures perdues?